mardi 25 août 2015

H-2: Chronique d'une mort annoncée.


                                                            25 août 2015


H 2 : CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE

(Texte écrit début août)

Les coupures dans le réseau de la santé et des services sociaux sont annoncées et font partie de notre environnement politique et social depuis un moment déjà, voire même de notre quotidien à tous en tant que travailleur à l'Institut Philippe Pinel de Montréal. 

Qu'importe l'unité où le département où l'on se trouve, les discussions entourant les possibles fermetures et les réaménagements ont fait couler abondamment encre et salive ces derniers mois, et même ces dernières années.  Réflexions, questionnements, inquiétudes, partage ou confrontation des opinions, expression de jugement de valeur basé sur la subjectivité et l'expérience de chacun, indifférence, bons mots et commentaires d'encouragements, ou remarques ingrates et blessantes …. Chacun a trouvé sa façon de s'exprimer sur le travail effectué au H2 et la légitimité d'une unité ayant une telle mission.

Nos gestionnaires tentent, tant bien que mal de faire avancer leur dossier vers la concrétisation de la visée qu'ils ont pour notre hôpital… Seulement aujourd'hui, je vous partage ma peine et ma déception au regard de la façon dont le leadership et l'influence sont exercés dans l'ensemble de ce processus, et dans l'application des différentes décisions.

Je viens tout juste de lire le communiqué de presse publié le 28 juillet 2015 par Julie Benjamin, conseillère aux communications externes à l'institut qui annonce la fermeture définitive de l'unité de transition H2. On y affiche les positions de la Direction en lien avec la réorganisation des services et des mesures d'optimisations initiées par l'institut auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Julie a fait un beau travail pour exprimer les orientations de la direction et permettre de savoir ce qui nous attend, seulement je pense que par respect pour les travailleurs et les patients, ce communiqué arrive dans des délais que l'on peut se permettre de remettre en question. Tout de même merci à Julie d'avoir souligné dans son dernier paragraphe la qualité du travail de l'équipe H2.

            Il est important que les travailleurs  de l'institut et la population sachent que les conditions dans lesquelles la fermeture s’est effectuée étaient précipitées. En mon nom personnel, et ceux de mon équipe qui partage ceci, j'ose dire que l'application de cette décision aurait certainement pu se faire autrement. Une approche beaucoup plus humaine et plus respectueuse tant à l'égard des patients que des membres du personnel auraient très certainement put être adoptée.

La date de fermeture n'a pas été  le 14 août, dans la réalité concrète des patients et des travailleurs, les derniers transferts de patients vers d'autres unités et la dernière journée de travail des employés au H2 fut le 6 août.  C'est donc dire qu'à partir de l'annonce, les patients et les employés n’ont eu que quelques jours seulement pour absorber la nouvelle et se faire à l'idée qu'ils n'allaient plus travailler sur l’unité. Au courant de cette même semaine, les travailleurs se sont fait proposer différentes options visant à combler des besoins sur d'autres unités. La direction de l'hôpital envoie ses travailleurs en congé divers jusqu'au 14 août étant donné que depuis le 6 août, il n'y a déjà plus de vie sur l'unité.

Pour l'instant, nous ne remettons pas en question les orientations prises par l’organisation. Ce que l’on questionne,  c’est la façon de procéder. Une organisation qui est composée de personnes comme vous et moi, dont le rôle, les fonctions et responsabilités sont d'administrer et appliquer certaines décisions.

Il est nommé dans le communiqué que la hiérarchisation des services en psychiatrie légale pour la région montréalaise devrait prendre effet à l'automne, et que notre organisation prend bien soin d'indiquer entre parenthèses dans ledit communiqué"(sous réserve de l'approbation du conseil des ministres)"… je remets à nouveau en doute (question!) la façon de procéder au niveau de cette fermeture définitive. Que je sache, il me semble que le conseil des ministres ne siège pas durant l'été et donc que cette façon aussi rapide de procéder est questionnable.

Ensemble,  on aurait certainement pu mettre en place des solutions, afin d’assurer une transition beaucoup plus « humaine » autant pour les patients que pour les travailleurs.

J'imagine donc que le plan d'action 2015-2020 n'a toujours pas été officiellement adopté auprès du conseil des ministres et que c'est probablement simplement une question de temps avant qu’il le soit. Dans son communiqué de presse, la Direction tient à mentionner que "cette démarche de fermeture définitive a aussi fait l’objet d’approbation du ministère de la Santé et des Services sociaux." 

Est-ce que l’objectif de la direction était de se préparer en vue de l'approbation de ce plan d'action là ?

Je pense que certains de nos gestionnaires et politiciens ont grandement intérêt à se rappeler dans un délai tout aussi rapide  que la ressource principale d'un lieu de travail, de notre hôpital, et de l'ensemble du réseau de la santé et des services sociaux est la ressource humaine.  Il faut comme collègue, comme organisation et comme société québécoise se rappeler que le succès de nos organisations est intimement lié à la « bonne gestion »  de cette ressource.    

Comme travailleur, on nous demande d’agir avec bienveillance auprès de la clientèle. On accueille un patient qui vit des difficultés. On annonce que son parcours ne sera pas facile, qu’il est malade et que notre rôle est de l’aider à apaiser sa souffrance afin de le protéger lui de sa propre violence. On s’assure qu’il soit en sécurité par rapport à sa propre violence et en sécurité par rapport à la violence des autres patients. Enfin, on prend le temps de lui expliquer les étapes de son traitement et ce que ça implique pour lui, on fait preuve de transparence.

Pourquoi donc ai-je le sentiment que mon organisation a manqué de considération et de transparence envers nous lorsqu’il est question d’appliquer ses orientations ?

            Nous sommes rémunérés pour faire un travail et nous continuerons de le faire avec encore plus de cœur et d’efficacité si vous nous permettez de le faire dans les conditions humaines les plus optimales! Le manque d’humanité rend les individus et les organisations malades.

 Qu’importe les opinions de chacun, l’onde de choc de cette fermeture définitive se fera ressentir au fil des semaines chez une proportion des travailleurs de l’institut.

C'est dans notre plus grand intérêt à chacun de se rassembler et de faire équipe, qu'importe la personne en face de nous, son rôle et sa position hiérarchique, nous devons désormais veiller à ce que les prises de décisions et leur application se façon plus humaine, transparente et nous assurer que l’on ne nous manque pas de considération.

C'est un appel à l'ouverture, à une nouvelle façon de gérer les affaires humaines pour l’institut… une approche déjà enseignée dans les cours de gestion qu'ont suivis certains de nos gestionnaires… et dont le succès a fait ses preuves dans plusieurs entreprises déjà.

Choisir  de placer le respect de l'être humain au cœur des décisions politiques, ou des décisions de gestion de nos organisations, de même que dans nos gestes et actions du quotidien est une décision importante. Je fais ce choix. Certains d'entre nous l'ont aussi fait.
Membres de la direction, gestionnaires, travailleurs, et tous ceux qui se sentent concernés,  êtes-vous prêt à faire ce choix ?
                                                                      Signé : un ancien travailleur du H-2.

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